Portrait de Carl Jaro

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Entrevue avec Carl Jaro, un réalisateur engagé

Carl Jaro, réalisateur du film LGBT  « Les Amants de Couleur » pour évoquer avec nous la sortie du film, l’annulation du festival Massimadi  et nous faire part de ses projets en toute exclusivité.

Affiche du film

© Photo crédit : Page Facebook du film

La Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie, et la biphobie, c’est en particulier le 17 Mai. En effet, le thème retenu cette année « Peu importe le genre ». Essentiellement, une campagne vise à sensibiliser le grand public. Pour l’occasion, je me suis entretenu avec Carl Jaro, auteur d’un film LGBT à succès.

Bonjour Carl Jaro, vous êtes notamment le 2ème mannequin le plus influent du monde de 2016 à l’issue du concours de TROPICS MAGAZINE. Qui plus est, vous êtes réalisateur, acteur, scénariste, producteur franco-haïtien.

Qui­ est Carl Jaro ?

Portrait de Carl Jaro

Photo crédit © : Daniel Nassoy

Garens Jean-Louis : Carl Jaro est passé de présentation. Si on devait retenir de vous seulement 2 mots, quels seraient-ils ? Et pourquoi?

Carl Jaro : Ambitieux et déterminé, je suis du genre à  m’investir à fond dans les projets…


GJL : Dénoncer le tabou de l’homosexualité masculine à travers ce film, un projet cinéma ambitieux.
Comment vous est venue l’idée d’entreprendre ce projet ? Et pourquoi l’avoir réalisé ?

CJ : En effet ! L’objectif est de dénoncer les tabous liés à l’homosexualité masculine et de combattre l’ignorance autour de cette question. L’homosexualité est encore si taboue, que certains homosexuels préfèrent dissimuler leur orientation sexuelle en se mariant plutôt que d’assumer leur sexualité. J’ai longtemps fréquenté la communauté afro-caribéenne. C’est durant cette période que je me suis rendu compte que les Antillais, les Africains et les Maghrébins avaient des idées préconçues sur les homosexuels. Et ce fut pour moi un choc.  J’ai tout de suite senti qu’il y avait une histoire à raconter. LES AMANTS DE COULEUR est le résultat de mes rencontres.

Le film

GJL : Vous avez fait le film avec vos économies, sur un sujet peu populaire. D’ailleurs, le film connaît un vrai succès lors de ses sorties à l’étranger. Aviez-vous anticipé ce succès ? Comment le vivez-vous ?

CJ : Je décris LES AMANTS DE COULEUR comme une sorte de retour à la pureté́ de la vision que j’avais de l’homosexualité quand j’étais enfant. Dans le sens où je m’y retrouve mis à nu. Le succès a été immédiat même si le lancement m’a fait peur. Le film a fait déferler, avant même sa sortie officielle en France, une vague de commentaires sur la toile. C’est alors que j’ai compris que j’étais sur la sellette.

GJL : Vous dites aussi que votre mère est une femme intimidante. A-t-elle vu le film… ?

CJ : Est ce qu’elle a vu le film? Ma réponse est non. Car il n’est pas sorti encore en Haïti. Cependant, elle a entendu parler du film dès sa médiatisation.

 Le casting et la direction d’acteur

GJL : Comment avez-vous réalisé le casting du film?                  

CJ : J’ai pris mon temps pour choisir mes comédiens. Mon choix se porte davantage sur les capacités de jeu d’un acteur que sur son apparence physique ou son visage. Par conséquent, je fais faire des essais à tous les candidats potentiels, afin de voir s’ils sont proches du personnage ou pas. J’essaie de ne pas gêner mes acteurs avec mes réflexions d’ensemble sur le film, ou avec la vision que j’en ai. Je trouve que les comédiens n’ont pas besoin de connaître le sens général du film mais qu’ils doivent s’efforcer de se concentrer sur la personnalité́ et les motivations de leur personnage.

Ma méthode, en réalité́, consiste à m’adapter à chaque acteur, à sa manière d’être et à son propre fonctionnement. Mais ce qui ne varie pas, ce sont les répétitions auxquelles j’attache une grande importance. C’est à ce moment-là que les acteurs entrent dans la peau de leurs personnages. C’est une approche qui me vient sans doute de mon expérience du théâtre.

Une fois sur le plateau, nous nous sommes tous mis d’accord sur le fait qu’à partir de là on ne ferait plus que d’infimes changements. Cela ne veut pas dire que je refuse les suggestions ou les avis des uns ou des autres mais nous avons convenu que ces discussions n’auraient lieu que pendant les répétitions.

GJL : Le film a débuté depuis juin 2015 et a pris tout au moins 6 mois. Une anecdote de tournage?

CJ : De juin 2015 à Juin 2016, si nous devons prendre en compte le tournage, le montage, avant sa sortie le 30 septembre dernier. Ça peut sembler une éternité. Mais c’est peu pour un film. D’autant plus s’il s’agit d’un premier film, fait avec peu de moyen. Comme c’est le cas ici.

Ses projets

GJL : Quels sont vos projets pour la suite?

CJ : Des projets? J’en ai plein la tête. Rire! Je suis justement en train de travailler sur mon prochain scénario. Comme j’ai pris l’habitude de le dire: tant que je n’ai pas fini de l’écrire et que je n’en suis pas totalement satisfait, je ne pourrai vous dire précisément quel sera mon prochain film.

Ce qui est certain, c’est qu’il ne sera pas fondamentalement différent de mon dernier. Cela étant dit. Je ne veux pas dormir sur mes lauriers mais profiter de ce succès. J’ai évidemment envie de prendre des risques.

Le cinéma est pour moi une manière d’explorer le processus intérieur d’une personne qui est toujours en devenir.

C’est aussi la possibilité́ de faire ressentir l’existence, à travers une présence. Les films sont pour moi des portraits en mouvement et il n’y a que le cinéma qui puisse réaliser ça. C’est aussi bien fixer ce qui a trait au sensible, au charnel, au plus éphémère, que tenter d’ouvrir sur l’impalpable, sur l’infini.

Massimadi

GJL : Votre avis est clair. Vous pensez qu’abandonner Massimadi était une grave erreur et une atteinte à la liberté individuelle. Pensez-vous qu’un jour les choses pourront changer en Haïti avec tout ce fanatisme religieux?

CJ : Le problème des Haïtiens n’est autre qu’un manque d’éducation. N’allez pas chercher plus loin.  Je vais vous faire une confidence. Je ne passe pas un jour sans suivre l’actualité en Haïti. Le constat est que même nos « intellectuels » sont presque qu’aussi mal informés que cette majorité analphabète. Triste réalité n’est ce pas? Si nous devons prendre en compte du fait que c’est ceux là même qui ont la responsabilité d’éduquer cette majorité? Force est bien de constater que le chemin est long!

L’homophobie

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GJL : Vous vous faîtes vraiment insulté sur les réseaux sociaux particulièrement sur Facebook. Certains membres de votre famille ou des amis ne vous parlent plus. Votre motivation dans tout ça?

CJ : Vous savez? Je n’en ai qu’une philosophie : Vivre et laisser vivre.

GJL : Pendant que la communauté gay célèbre la journée contre l’homophobie. Paradoxalement, il existe une certaine stigmatisation en son sein même. On parle de « l’épidémie de solitude gay ». Pensez-vous que si les homos ne s’acceptent pas entre eux les hétéros ont intérêt à le faire à leurs places?

CJ : Les sociétés stigmatisent l’homosexualité parce qu’ils la considèrent simplement comme une pratique sexuelle, mais au fait ce n’est pas simplement ça. C’est toute une façon d’être, tout un mode de vie qui, en plus, se trouve être naturel.

Que je sache, plusieurs personnes naissent homo et doivent juste vivre cet état de fait. Je crois que la plaidoirie pour une meilleure compréhension de la chose doit s’asseoir davantage sur cet aspect que sur les perceptions souvent biaisées des gens.

On peut en parler, discuter et prendre position mais en réalité on n’a pas à comprendre l’homosexualité. C’est une orientation sexuelle naturelle tout comme l’hétérosexualité pour laquelle on n’a pourtant aucune exigence de compréhension.

Les personnes concernées doivent l’accepter. Ils n’ont pas d’autres choix.

GJL : En fin de compte, merci de m’avoir accordé cette entrevue !

CJ : Tout le plaisir est pour moi!

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