Les Amants de Couleur

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«Les Amants de Couleur» de Carl Jaro

Les Amants de Couleur, premier film homosexuel haïtien du réalisateur franco-haïtien, Carl Jaro. En fait, ce film est le résultat des rencontres du réalisateur. Lui qui a longtemps fréquenté la communauté afro-caribéenne. C’est durant cette période qu’il s’est rendu compte que les Antillais, les Africains et les Maghrébins avaient des idées préconçues sur les homosexuels. Il a tout de suite senti qu’il y avait une histoire à raconter.

Si l’homosexualité féminine est un grand fantasme chez la gent masculine, on ne saurait imaginer l’inverse chez les femmes. Déjà, il faudrait qu’il existe une grande complicité dans le couple pour que la femme accepte de partager son homme avec une autre. Qui plus est, il est inconcevable pour une femme de partager son homme avec un mâle. Tout à fait logique ! A ce jeu de rôles, l’un demandera plus d’attention que l’autre.

Dans son film Les Amants de Couleur, Carl Jaro nous décrit une scène pareille. Yann (Matthieu Gabriel) est amoureux d’Aman (Carl Jaro), ils vivent une une belle aventure entre hommes. Mais cette idylle va être dérangée par une femme qui veut contraindre Yann à une relation hétérosexuelle. Un trouble entre les deux amants homosexuels et une vie amoureuse déchirée pour Yann, qui souffre des préjugés et de l’homophobie de cette intrigante. Quand Gabie (Kethie Georges) découvre qu’Aman partage la vie de Yann la veille de ses noces, pas question de lâcher prise à ce point de non-retour. Jusqu’où la panthère noire serait-elle prête à aller pour marquer son territoire ? Comme on dit souvent, la raison du plus fort est-elle toujours la meilleure ?

Les Amants de Couleur est un film inspiré d’une histoire vraie. C’est en 2013, trois ans après l’histoire tragique de son ami Jean-Charles Chadet que Carl Jaro se lance dans ce projet de film court qu’il titre « Les Amants de Couleur ». L’idée : « Mettre en lumière cette histoire amoureuse et interdite gravée dans ma mémoire », insiste le jeune comédien haïtien, les yeux mouillés quand il se souvient de la bataille du jeune martiniquais de 35 ans. Tiraillé entre un amour de façade pour « sauver les apparences » et un amour vrai mais caché, Jean-Charles Chadet, un jeune antillais angoissé et torturé affectivement met tragiquement fin à sa vie. Avec ce film, Carl espère participer au changement des idées. Selon ses propos, recueillis par Grégory Ardois-Remaud pour Queek.fr, « l’homophobie tue, l’amour nous rassemble »… Si seulement, on pouvait s’aimer quelle que soit notre religion, notre couleur…

 

Les Amants de Couleur

Crédit photo : Daniel Nassoy

Sorti le 30 octobre 2016 en avant-première en banlieue parisienne, le film est désormais disponible en ligne. Je vais voir le nombre de vues que le film récoltera sur Youtube. Comme sur Facebook, les « haters » iront visionner le film pour ensuite déposer leurs commentaires. Rires ! J’ai moi-même lu toutes sortes d’âneries et d’invectives sur la page fan du film.

En réalisant ce film, Carl Jaro a risqué la peau de ses fesses. Des menaces de mort proférées sur Facebook et provenant de la Jamaïque. Avec toute cette vague d’homophobie dans son pays natal, le petit Prince d’Haïti est loin de rentrer au bercail. On lui reproche de faire venir la culture du « blanc », vu qu’il vit en France. Aujourd’hui, on l’interdit même de mettre le pied dans son pays. Chez nous, l’homosexualité est la maladie du petit blanc pervers. L’homme noir c’est le mâle viril muni de son braquemart prêt à défoncer la femme blanche. Puisqu’on en parle comme d’une maladie mentale, le sujet homosexuel se retrouve dans une situation névrotique. Dès lors, il établit son mécanisme de défense : projection, déni, refoulement, introjection, transfert.

Les Amants de Couleur, un film qui dit tout

Réalisateur du film Les Amants de Couleur

Photo: Daniel Nassoy

L’homosexualité est encore si tabou, que certains homosexuels préfèrent dissimuler leur orientation sexuelle en se mariant plutôt que d’assumer leur sexualité. En effet ! L’objectif est de dénoncer les tabous liés à l’homosexualité masculine et de combattre l’ignorance autour de cette question. Son combat est loin d’être gagné. Mais, ambitieux et déterminé comme il est, il continuera d’être le porte-voix des homosexuels.

 

Pour conclure, Carl Jaro touche un problème aigu au sein de la communauté LGBT : la question du suicide. Selon Inter-LGBT, « les personnes lesbiennes, gaies, bi et trans se suicident en moyenne 4 fois plus que le reste de la population ». Citons l’exemple d’Anderson Estinphil. Ce jeune haïtien de 22 ans, étudiant en biologie médicale. Il est gay. Il a quitté Nazon, son quartier, suite à de fortes menaces verbales. Un déménagement forcé après l’annonce en septembre 2016 du festival MassiMadi. Et depuis lors, Anderson, connu sous le nom de « Etera », vit ici, chez son ami, gay lui aussi. Efféminé depuis son enfance, « Etera » avoue n’être jamais attiré que par des hommes.

En 2010, il a tenté de se suicider à 2 reprises à cause de critiques acerbes contre les LGBTI. Selon lui, l’homosexualité n’est pas une maladie comme on veut le faire croire, c’est plutôt l’homophobie qui en est une. « Mon orientation sexuelle ne dérange en rien ma foi chrétienne, mais on a tendance à m’écarter de toutes les activités de l’Eglise ». 

Quoique le suicide ne soit pas une pratique courante en Haïti, ils sont quelques « Aman».

Retrouvez l’intégralité du film :

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