L’éducation en Haïti est aujourd’hui dans une impasse. Ceux qui sont en âge d’être scolarisés manifestent une certaine passivité ou même un désintérêt scolaire. Je me pose  des questions sur ce qui est censé être les causes de l’échec scolaire en Haïti.

« L’école a pour mission de donner les mêmes chances à tous et d’apporter les bases culturelles et linguistiques nécessaires à la réussite scolaire ».

Partant de cette affirmation, j’ose dire que l’école en Haïti est en partie vecteur d’inégalités sociales. Désolé ! Ne vous empressez pas de faire des grands yeux. J’aurais bien souhaité aller mollo. Je m’explique.  Quoique sur du papier Haïti est bilingue, tout ça est loin de la réalité sociolinguistique du peuple. Comme l’a si bien relaté l’éminent linguiste haïtien Yves Déjean dans son livre Yon lekòl tèt anba nan Yon peyi tèt anba, l’éducation en Haïti n’est pas au diapason avec les réalités socioculturelles du pays. De mon point de vue personnel, le français reste un stigmate dans la vie du peuple et son usage ne réussit pas à tous ceux qui intègrent le système éducatif haïtien.

Éducation et bain linguistique

Certains élèves ont la chance d’intégrer la maternelle pendant trois ans. Durant ces années d’apprentissage préscolaire, l’enfant apprend le français à ses dépends. Pour certains, il s’agira du premier contact avec le système phonologique français. À noter que le créole, langue maternelle, n’est pas trop éloigné du français. Pour d’autres, issus de familles aisées ou de la classe moyenne, il s’agira d’un perfectionnement.

Néanmoins, les enfants des zones rurales qui auront la chance de se rendre à l’école commenceront en classe de primaire. Ceux-ci auront appris la langue française et les matières pédagogiques en même temps. Pour la plupart, ils  n’auront pas les mêmes acquisitions sur le plan cognitif et verbal que ceux qui débuteront en maternelle.Cependant, ils ne sont pas les seuls.

Parmi les catégories socialement défavorisées, je peux citer les enfants en domesticité, les enfants de parents démunis. Pas la peine de dire qu’Haïti fait partie des pays les plus pauvres économiquement du monde. Tout ça pour dire que ceux issus de milieux défavorisés sont condamnés à être des handicapés socioculturels.

Éducation

Cc Ken Bosma via Flickr

L’enfant peut savoir décrire une situation en créole mais ne pas savoir le faire en français. Il use de manière sporadique et intermittente la langue de Voltaire.  Il n’est pas sans rappeler que le préjugé social en Haïti est en partie fondé sur le degré d’éducation et la maîtrise de la langue française déterminant de l’occupation et du revenu.

Une vraie réforme du système éducatif ?

En Haïti, une année académique n’est jamais sans ambages. Hormis les problèmes politiques et les catastrophes naturelles, la grève des enseignants est monnaie courante. Les écoles nationales et les lycées qui, autrefois formaient nos hommes de lettres, servent à former les élèves « défavorisés ». Quel homme d’État a envoyé son fils là si ce n’est que dans les écoles congréganistes ?

Aujourd’hui, les syndicats d’enseignants formés de professeurs de lycées et d’écoles nationales sont souvent en grève quand il s’agit de réclamer leurs arriérés de salaire (douze mois ou plus). Parfois, je me demande si l’État se soucie de l’éducation. De toute façon, à quoi bon? Dans les programmes électoraux, l’apaisement de la faim et la sécurité sont en priorité. Quoique la constitution donne les prérogatives légales pour la gratuité de l’école, tout cela est à revoir.

Le Programme de Scolarisation Universelle Gratuite et Obligatoire (PSUGO) lancé sous l’ancien chef d’État Michel Joseph Martelly a été une gargote. Faut-il quatre murailles pour parler d’école? Les écoles nationales et lycées appelés lekòl leta sont aussi des poulaillers. Difficile d’apporter une aide individualisée aux élèves dans une salle bondée. On se demande si le programme scolaire est couvert avec tous ces heures creuses parfois dûes à des enseignants grévistes ou absentéistes. Je ne vais même pas parler de ceux qui ne sont pas qualifiés mais qui ont été nommés sous un gouvernement quelconque. Mais, je parlerai plutôt des étudiants diplômés de l’École Normale Supérieure qui quémandent pour intégrer le système.

L’échec scolaire n’est pas une fatalité

En 1982 a lieu la Réforme Bernard qui a fait des deux langues officielles d’Haïti les langues d’enseignement. Le créole était censé être la principale langue d’enseignement dans les cinq années d’enseignement fondamental. Faute de manuels suffisants en langue créole, tout ça reste une conception.

Le devenir de l’enfant doit être pensé et repensé.

Aujourd’hui, le système devrait penser à la valorisation culturelle des élèves. L’interdiction des références à la langue maternelle est contre-productive. Combien d’entre nous se souviennent avoir pris le jeton pour avoir parlé créole en salle de classe? 😟

éducation

© Pixabay

Il faut de préférence palier aux déficits culturels de l’enfant (soutien scolaire, centre de documentation scolaire). Les pratiques culturelles et la scolarité des enfants sont étroitement liées. Très peu ont la chance d’avoir des livres à la maison ou au sein de leur établissement scolaire. Également, j’ai entendu l’actuel ministre de l’Éducation Nationale, Agénor Cadet, parler à la radio d’un programme de bibliothèque au sein des écoles et des municipalités. C’est de ça que l’on a besoin. Espérons que cela fasse partie d’un programme d’État et non de gouvernement.

Aujourd’hui, tout acteur et citoyen-producteur devraient reconnaître la défaillance du système et comprendre les enjeux. En Haïti, l’avenir est perçu comme incertain de jour en jour. On est presque face à une absence du désir d’apprendre. Nos jeunes manquent de curiosité intellectuelle. Nous devons revoir nos méthodes d’enseignement non motivante et dépassée. Nos jeunes sont confrontés à la crainte d’être interrogés, presque entravés dans leur capacité à penser. Faut-il bannir les châtiments corporels ? Je parlerai de ça dans un prochain billet.

Au final, je sais que les causes évoquées précédemment ne suffisent pas pour extirper le mal. Néanmoins, l’avenir dépendra en partie de la façon dont les politiques de l’éducation sauront les reconnaître et les affronter.

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