Il paraît plus que légitime aux yeux de certains d’utiliser le châtiment corporel comme principale forme de discipline. Quoique le mot « bâton » mentionné dans le texte hébraïque voudrait simplement faire référence à l’autorité parentale.

« La sottise est attachée au cœur du garçon, le bâton l’en détachera ».

(Proverbe biblique)

Dans certaines traductions comme La Bible des peuples, c’est carrément écrit :

« La sottise est ancrée au cœur de l’enfant; la discipline et les corrections l’en délivreront.« 

Si vous êtes nés en Haïti ou nés de parents haïtiens, avouez que vous n’avez jamais reçu une bastonnade?

Si le rôle de l’enfant serait d’obéir sous peine d’être puni, pour avoir été un enfant turbulent, je me permets d’évoquer certaines reconsidérations sur la façon de faire en cette journée internationale des droits de l’enfant.

Les oreilles toujours à l’affût, les yeux rivés sur ce qui se passe, je me rends compte des nombreuses injustices perpétrées contre les enfants placés en domesticité en Haïti, les « restavèk ».

Selon un rapport de Unicef Haïti, 86 % des enfants de 2 à 14 ans ont subi des mesures disciplinaires (fouet, violences émotionnelles, physiques et psychologiques) tant à l’école qu’à domicile au cours de l’année 2011. Environ 250 000 enfants vivent en situation de domesticité en Haïti. Ils sont en risque d’exploitation et privés de leur droit basic. De plus, en Haïti, 24 % des enfants de moins de 18 ans sont considérés comme des OEV (Orphelins et Enfants vulnérables). Par exemple, au Tchad, on les appelle les « enfants restés ». Entre autres, ici en Haïti, on les appelle « restavèk ». Tout ça, pour désigner une forme d’esclavage moderne où le maître se sert de son bâton outre mesure.

Témoin de la violence dans le couple, des enfants haïtiens se retrouvent en danger dans un contexte familial dégradé qui menace leur développement éducatif et/ou matériel. Aussi, pour avoir été enseignant pendant un certain temps, des élèves au secondaire se sont confiés à moi. En particulier, ils m’ont raconté les problèmes avec un père alcoolique ou une mère en difficulté financière, un beau-parent méchant avec l’approbation de la marâtre ou du parâtre. Ainsi donc, tu te retrouves avec des élèves qui pleurent en cours ou qui sont parfaitement sous les nuages. À les entendre, il⋅elle⋅s ne savent pas quoi en faire. Iels se faisaient insulter, battre.

Et quand tu les suggères de faire appeler le parent à la direction de l’établissement, elles se considéraient mortes. Nos jeunes ne s’automutilent ni ne se suicident pas. Par ailleurs, la fugue est quelquefois envisageable. Néanmoins, une jeune fille avisée ne la choisira pas parce qu’elle sait qu’elle risque de se prostituer. Après tout, aucun autre parent n’assurera sa prise en charge dans pareil cas; encore moins, l’État haïtien.

Le symbolisme du bâton

bâton
Francis Bijl via flickr

En Haïti, l’usage du bâton est le symbole de l’autorité parentale ou d’un tuteur. Incontestablement, pour faire passer un ordre, le parent doit se servir de son fouet pour faire pression sur l’enfant têtu ou rebelle. Certaines fois, ça peut durer plus qu’un quart d’heure. Entendre ou être témoin d’un enfant qui encaisse des coups à outrance est tout à fait écoeurant. Ben. On ne peut pas se permettre de dire à un tel ou à une telle comment élever son enfant ou son « protégé ». Il va sans dire qu’une bête de somme recevrait un meilleur traitement dans la plupart des cas.

Sautes d’humeur, conflits entre couples, erreur de jugement,  un enfant risque de recevoir une raclée sans comprendre le bien-fondé d’une telle discipline.

Cependant, d’autres parents sont d’un avis contraire. Le créole haïtien, vecteur de la sagesse populaire, cache cette maxime : Baton pa leve timoun . Une façon de dire que le batôn n’est pas la base de l’éducation d’un enfant.

Le culte de la déraison

Je suis témoin de graves cas de violence sur enfant. Des pères giflant leurs filles, « boxant » leurs fils. Malheureusement, nombreux⋅ses ont légitimé la violence subie. Une fois devenue adulte, une fille peut estimer « normal » que son mari ou son amant lui batte si elle fait quelque chose de mal. D’un autre côté, les garçons ayant été victimes d’un père violent auront tendance à reproduire le même schéma de pensée.

bâton
Jeanne Menjoulet via Flickr

Autant dire que les violences émotionnelles ou psychologiques laissent plus de séquelles  que les coups. Personnellement, j’ai été un adolescent timide manquant cruellement confiance en soi pour avoir encaissé des mots dévalorisants.  Aujourd’hui, j’ajoute une valeur à ma perception de moi-même. N’empêche que un petit encouragement me fait un grand bien par moments.

Le bruit a courru qu’au cours de l’un des mandats présidentiels du leader emblématique Jean-Bertrand Aristide, l’utilisation du fouet a été abolie. Cependant, cette pratique est toujours de mise dans les écoles haïtiennes. Dans les « petites » écoles, les élèves se font fouetter pour les leçons non sues, les devoirs non rédigés et indiscipline. Pensant de cette façon inciter l’élève à l’étude. Néanmoins, l’exception fait suite à la règle. Certaines écoles prestigieuses établissent un système disciplinaire solide sans avoir recours au bâton. Au final, certain·e·s écolier·ère·s quittent le système éducatif avant la fin de leur scolarité.

« L’enfant d’aujourd’hui sera l’adulte de demain »

Cette parole de Maria Montessori est connue de tout le peuple haïtien « Timoun jodi, granmoun demen ». Dans notre conscience linguistique, cela peut vouloir dire qu’un enfant se souviendra de tous les méfaits subis à l’âge adulte.

Que faut-il pour former un enfant ? L’éloigner des mauvais exemples.
Citation de Joseph de Maistre ; Lettre à la marquise de Costa (1794)

L’enfant

S’il vit entouré d’hostilité,

Il apprend à être agressif.

 

S’il vit entouré de honte,

Il apprend à se sentir coupable.

 

S’il vit entouré de probité,

Il apprend à être juste.

Évidemment, un enfant laissé à lui-même fera honte à ses parents. « J’ai le droit de tout faire », « Je suis le centre du monde », « Je peux avoir tout ce que je veux » et « Je veux tout, tout de suite ». Tels sont les 4 sentiments sur lesquels l’enfant construit son confort affectif.

Il est clair que l’écart entre les générations s’est accentué. Dommage si certains parents pensent devoir élever leurs mômes comme ils l’ont été. Certes, les normes de conduite ont rapidement évolué. Cependant, chaque nouvelle génération doit apprendre les modèles de la société dans laquelle elle est appelée à vivre.

C’est pourquoi on fait entrer l’ensemble des sanctions, positives ou négatives, qui servent à assurer la conformité des conduites sous la notion de « contrôle social ». Le terme de sanction ne doit cependant pas être entendu seulement dans le sens de châtiment.

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