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Ayiti sou Wout chanjman
© Pascal Colrat

Ayiti sou Wout chanjman, un thème mis au service de la propagande gouvernementale

Ayiti sou Wout chanjman, c’est le nouveau thème du carnaval de 2018. Celui-ci vient de remplacer le thème choisi par la mairie de Port-au-Prince le 11 novembre dernier. Une petite analyse et regard objectif d’un observateur de sa société.

Contexte et discours

En politique, il faut savoir faire des compromis et faire preuve d’élégance malgré les divergences d’opinions. Tel a été malheureusement le cas du maire de Port-au-Prince, Youri Chevry.

Pour son premier carnaval sous le quinquennat du président Jovenel Moïse, Haïti a connu un carnaval officiel et un carnaval « officieux ». 😂

Rappelons que Son Excellence avait choisi la ville des Cayes comme ville hôte de l’événement. Sans la bénédiction du Premier des Haïtiens, le Premier Citoyen de Port-au-Prince a réussi son carnaval sans grand malheur.

Cette année, la capitale aura à accueillir l’événement. Le thème lancé par la mairie « Ayiti Jan li dwe Ye » a été changé par « Ayiti sou Wout Chanjman ».

Dois-je notifier que la propagande politique indique telle ou telle perspective idéologique ?

Dans le contexte d’énonciation, je dois préciser que la Présidence avait mis sur pied son programme gouvernemental baptisé « Karavàn Chanjman » (Caravane du changement). Karavàn Chanjman a été lancée le 1er mai 2017 par le Président Jovenel Moïse à l’ordre du jour au 34e session de l’Assemblée Parlementaire Paritaire.

Ayiti sou Wout chanjman, un slogan qui se contredit

Certainement, on ne saurait nier l’inventivité linguistique des hommes politiques et des slogans politiques.

« Avec le langage, nous gouvernons les hommes ».- Benjamin Disraeli

Évidemment, il faut effectuer une analyse interprétative des données et des résultats.

À l’échelle nationale, nous assisterons à une érosion démographique d’ici quelques années car plus de 44 mille Haïtiens se sont installés au Chili en 2017. En effet, l’immigration est sans conteste une aubaine pour le Chili dont la population est vieillissante. L’arrivée des Haïtiens et des migrants des autres États voisins fait perdurer la croissance économique en cours du Chili.

À l’opposé, la croissance économique haïtienne baisse et la presse internationale parle d’Haïti comme étant  » une fabrique de la pauvreté ».

Récemment, j’ai entendu le Ministre de l’Économie et des Finances, M. Patrick Salomon dit vouloir encourager des incubateurs d’entreprises. Franchement, on l’aurait souhaité parce de plus en plus d’entreprises font des compressions dans un pays où l’on vous demande toutes les qualifications contre une faible rémunération. On se voile la face en prétextant travailler alors que tout n’est que chômage déguisé. Enfin bref !

Maintenant, c’est au tour de l’Argentine d’ouvrir ses frontières à nos étudiants sans visa. On continuera de déplorer la fuite de nos cerveaux. Je me pose moi-même la question : Partir ou rester ? . Ici, un jeune peine à miroiter une perspective d’avenir. Quand je pense à tout ce que mes parents ont réalisé à mon âge alors qu’ils n’avaient même pas eu leur baccalauréat. Alors que j’ai tout le bagage intellectuel pour les dépasser. Je comprends que ce pays n’offre pas d’avenir à ses fils. Nous sommes un peuple fier malgré tout. Si certains se décident à partir, c’est qu’ils n’ont vraiment pas d’autres alternatives.  Qui peut changer sa situation si ce n’est que celui qui agit ?

Entre volonté et possibilité

Selon ses perspectives pour l’année, M. Moïse aurait souhaité sortir Haïti de l’assistanat créé par l’aide internationale. Mais, il faudra attendre les prochaines élections pour tester cette approche.

Entre-temps, celui qui est considéré comme le poulain de l’ex-président sortant, Michel Joseph Martelly veut mener une guerre sans merci contre la corruption. Cependant, le pari n’est pas gagné d’avance. Ici, en Haïti, il y a cette culture de la corruption qui dit « Qui vole l’État n’est pas voleur ». Il y a la corruption d’un côté et les corrupteurs sont nulle part.

Par exemple, il y a le sulfureux dossier PetroCaribe, programme auquel Haïti a adhéré le 12 avril 2006 après la signature de la convention y relative par les présidents Hugo Chavez du Venezuela et René Préval d’Haïti. Vraisemblablement, les fonds du programme auraient été mal utilisés. Une Commission sénatoriale permanente « Éthique et Anti-corruption », travaille sur le rapport. Un grand nombre d’Haïtiens se rallient à cette cause, assoiffés de voir les dilapidateurs de deniers publics trainés en justice. À suivre !

Le thème du carnaval traité autrement

En parallèle, l’artiste-sénateur, Antonio Chéramy dit Don Kato, opposant farouche du régime Tèt Kale, lead vocal du groupe Brother’s Posse, sort sa méringue carnavalesque.

Ayiti sou Wout Chanjman
© Almonor Steven Marley

« Danse Petro », un titre assez original qui est sémantiquement ambivalent.

Dans le même ordre d’idées, Kébert Bastien abonde dans le même sens en nous livrant « Ba li Gaz ».

Ayiti sou Wout Chanjman
© Plezi Kanaval

Dans la foulée, le ténor du rap kreyòl, Barikad Crew (BC) nous livre « TransFòMasyon » (transformation) dans la série mythique des méringues carnavalesques commençant par la lettre T depuis 2006.

Ayiti sou Wout Chanjman
© Fred Hype

La transformation se définit comme le changement d’une forme à une autre. Le message est clair : Pour avancer, il nous faut transformer notre mentalité. Éviter toute forme de division, éradiquer toute forme de corruption, croire en l’éducation. Ne pas se livrer à la fatalité. Il ne faut pas passer tout son temps à prier mais agir aussi. Ces modèles de la jeunesse donnent leur coup de gueule contre la dépigmentation, les relations sexuelles prématurées, le sexchange.

Comme d’habitude, le rythme du rara mélangé au rap, sur un rythme entraînant, les résidents du quartier de Bas Peu de Chose (BPC) nous fait danser tout en ayant un message incitatif à l’esprit.

En résumé, le titre le plus parodique de cette édition du carnaval est celui de Roosevelt Saillant dit BIC. Le professeur de philosophie nous livre « Ayiti sou Wout Li pa Dwe Ye ».

Ayiti sou Wout Chanjman
© Plezi Kanaval

À travers cette méringue, le chanteur à textes manifeste son désir de rester dans son pays malgré la quasi absence de services sociaux. Haïti est loin du changement scandé. Le chanteur accuse l’État à différents niveaux.

Quand l’État pourra garantir à chaque Haïtien le droit de vivre, selon lui, il pourra prôner son changement…

Où en est le gouvernement ?

Ayiti sou Wout Chanjman, un slogan au service de la propagande gouvernementale. Karavàn Chanjman (la caravane du changement) a déjà sillonné plusieurs villes du pays, opérant ainsi, en l’espace de dix mois, quelques petits changements pourtant significatifs. Mais, face à l’ampleur de la tâche qui l’attend, beaucoup estiment que la Caravane va trop lentement. (Des propos recueillis dans le magazine Challenges.)

M. Jovenel Moïse assure la continuité de l’État succédant à son mentor Michel Joseph Martelly. Peut-on espérer le changement tant attendu durant le quinquennat de M. Moïse ? Exprimez-vous en commentaire ! 💬

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